Philippe Monard – Az-legga
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Âge : 52 ans
Statut marital : Présumé veuf
Code génétique : Hôte
Hôte : Philippe Monard
Occupation : Mécanicien

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Inventaire : – Dépanneuse


# Philippe Monard – Az-legga   
Jeu 30 Jan - 23:07

Fiche d’état civil

Richard Dean Anderson

Az-legga

Âge : Neuf mille ans (et des poussières).
Lieu de naissance : Oshten, planète mineure en bordure du centre de l’empire sonaaq.
Faction : Symbiontes.
Occupation : Activiste et écrivain.
Préférence : Désintéressé.

Philippe Monard

Âge : 52 ans.
Date de naissance : 19 mars 1965.
Lieu de naissance : Sapogne-sur-Marche, Ardennes, France.
Statut marital : Présumé veuf.
Occupation : Mécanicien.


Description physique


Légèrement plus grand que la moyenne, les épaules larges, le visage assez carré, souvent neutre ou songeur, Philippe est un homme qui inspire le respect mais pas forcément la crainte. Il s’habille généralement de façon assez décontractée, de vêtements usés mais solides et passe-partout.

Il porte sur l’épaule un tatouage représentant un rocher stylisé très particulier – si on lui pose la question, parfois il envoie le curieux balader, parfois il explique que c’est une référence à une période très particulière de sa vie, sans jamais entrer dans les détails. Quand de rares connaisseurs ont cru reconnaître la forme du Lorelei depuis la rive gauche du Rhin il a hoché la tête, sans en dire plus.

Position idéologique


Bien qu’il ait depuis longtemps abandonné les actions militantes à grande échelle pour des actions plus « locales » (avant l’arrivée des extraterrestres il faisait partie d’un atelier de réparation de véhicule coopératif), Philippe est resté assez fidèle aux idéaux anarchiques de sa jeunesse et voit d’un très mauvais œil les dérives autoritaires du nouveau régime impérial – pire que l’État français qui le précédait, et c’était pourtant pas folichon. Entrer en résistance était une évidence pour lui comme pour d’autres membres de sa famille, et c’est ainsi qu’ils ont tous gardé l’œil ouvert jusqu’à se faire recruter par un des réseaux qui nervurent Paris. Il ne connaissait à l’époque pas vraiment les Symbiontes et n’est à vrai dire pas très sûr de les comprendre encore maintenant, mais ils lui paraissent rationnels, organisés et surtout prêts à accepter sans dogmatisme toute allié sur la même longueur d’onde qu’eux.

Quant à Az-legga, il est un des pionniers de la critique symbionte sur l’asservissement des populations-hôtes et ne peut que rester sensible aux signes avant-coureur du système extrêmement rétrograde que les Impériaux cherchent à mettre en place sur Terre – des siècles en arrière par rapport à ce que lui et les siens ont réussi à faire changer. Très affecté par la séparation de Beiron, son hôte millénaire, il avait presque perdu toute envie de se battre… mais la hargne de Beiron l’a trop longtemps imprégné pour qu’il reste insensible à la situation, et l’alliance de circonstance que Philippe lui a proposée lui donne la possibilité de continuer à pouvoir agir sans s’impliquer émotionnellement dans une nouvelle union dont il ne veut pas.


Don


Philippe n’en a à sa connaissance pas encore développé. Cela fait cependant partie de ce qu’il espère tirer de son alliance avec Az-legga et reste donc attentif aux signes avant-coureurs.


Histoire


« Je comprends pas bien ce que je fais là, pour tout vous dire. Devant vous je veux dire, parce qu’en soi je suis depuis assez longtemps dans le coup pour que vous sachiez ce que je vaux. J’ai confiance aux Symbiontes, et je crois bien que vous avez confiance en moi aussi… alors j’aimerais bien savoir à quoi rime cette « petite discussion ». »

En face un masque aimable, attentif et songeur, typique des intellectuels symbiontes en pleine réflexion, ne laissait rien transparaître des calculs qui s’opéraient sans nul doute dans son esprit. Parmi les stratèges du mouvement, les psys et leurs tournures bizarres, policées, étaient les plus difficiles à cerner – et bien sûr il fallait qu’un représentant de cette sale race s’intéresse à son cas ! Il se demandait bien pourquoi d’ailleurs, mais était bien décidé à ne pas céder plus de terrain qu’il n’en fallait avant de connaître le fond de l’histoire.

« Ce n’est pas une question de confiance, confirma finalement son interlocuteur, impassible. Nous avons entièrement confiance en vous, M. Monard : de ce qu’on m’a rapporté vous êtes un homme indépendant, fier, mais extrêmement dévoué par ailleurs. Vous n’adhérez pas à notre philosophie de vie mais vous respectez ceux qui la suivent et coopérez avec eux chaque fois que nécessaire. J’ai même cru comprendre que vous aviez un proche dans une union symbionte ?
– Ma nièce. (Sa voix se faisait dure, inflexible.) Venez-en aux faits.
– J’aurais besoin d’en savoir plus sur vous. Sur votre passé, sur ce qui a fait de vous l’homme que vous êtes.
– Vous savez déjà tout ce qu’il y a à savoir. Plus que les autres, si vous voyez ce que je veux dire.
– J’ai en effet cru comprendre que les autorités ne sont pas au courant de votre passé judiciaire…
– Le dossier s’est perdu dans le sac de Charleville-Mézières, confirma Philippe, un sourire narquois aux lèvres. Un coup de chance qu’on doit aux Humanistes. Je l’ai appris que bien plus tard, par votre entremise. Vous êtes de bons fouineurs, mais pour le coup je ne m’en plains pas : sans cette information je crois pas que j’aurais jamais pu faire de terrain. Je me savais fiché et peut-être sous surveillance et je suis pas du genre à mettre les autres en danger pour une bravade. Ça a bien arrangé nos affaires. (Pendant un moment ils se toisèrent tous deux en silence, puis Philippe lâcha la question qui fâchait,) C’est quoi le problème avec mon passé, du coup ?
– Aucun problème. Au risque de me répéter nous n’avons rien à vous reprocher. Bien au contraire.
– Alors je ne vois pas à quoi nous perdons notre temps ici. Si vous n’avez pas mieux à faire, moi si. »

L’homme commença à repousser tranquillement sa chaise pour se relever et récupérer sa veste. En face l’autre resta de marbre, sans toutefois le quitter des yeux. Son petit air évaluateur lui tapait sur les nerfs et il n’en avait que d’autant plus hâte de s’en débarrasser.

« Connaissez-vous l’histoire du mouvement Symbiose ? réattaqua son interlocuteur, dans une étrange tentative de rétablir le contact.
– Tout ceci a de moins en moins avoir avec moi, soupira-t-il en époussetant sa veste.
– Qu’est-ce qui vous fait dire qu’il n’est question que de vous ?
– Le fait que vous me cuisiniez sur mon passé, à tout hasard ? (Il ricana,) D’autres ont déjà fait du bon boulot à ce niveau-là. Pourquoi vous iriez pas les emmerder à la place ?
– Ce sont eux qui m’ont fait part de certaines intuitions. De doutes. Je suis juste là pour vérifier qu’ils vous ont bien cerné. Que vous êtes la personne qu’il nous faut.
– Ils vous ont dit que j’aimais pas des masses rester babluter à rien faire, au moins ? Écoutez, si vous avez que ça à foutre vous avez qu’à me suivre pendant que je fais ma tournée et expliquer ce que vous voulez vérifier. Je vous confirmerai ça et là j’espère que vous serez content. »

Car pour le coup il avait vraiment à faire : un membre du personnel d’entretien de la cache était malade et il avait promis de reprendre certaines de ses corvées pour soulager ses collègues. Il ne s’agissait que de vérifier l’état de certaines canalisations et autres points sensibles, mais avec un peu de chance cela allait décourager l’autre j’ai-rien-à-vous-reprocher-mais. Malheureusement celui-ci semblait s’être pris au jeu de son marché bidon pour le suivre comme un petit chien.

« Commençons par le commencement. Vous venez d’une famille aisée, je crois ?
– Financièrement ou socio-culturellement ?
– Il y a une différence ?
– Mineure, ça reste de la domination. (Il haussa les épaules,) C’est une ancienne noblesse d’épée champenoise convertie dans l’agriculture ardennaise – fallait bien compenser quelque part la perte de ses privilèges. Du genre à rentabiliser à max les fonds européens tout en gueulant contre ses institutions qui volent les « bons Français ». Ils avaient pas tellement plus de sous que les autres mais bien assez de prestige pour faire tourner leur petite baronnie autour de leur nombril.
– Ah oui, c’est vrai que vous êtes baron…
– Non, le baron Monard c’est le fils de mon neveu, grimaça-t-il avec une mine de dégoût. Et encore, c’est parce que sa mère y tient. J’ose espérer qu’on ne m’appellera jamais comme ça… Vous permettez ? »

À sa demande, le fouille-merde s’écarta pour lui laisser l’accès à une trappe, derrière laquelle il inspecta précautionneusement divers boulons. L’autre hésita un moment, puis (peut-être las devant le temps que prenait la tâche) décida de poursuivre :

« À quel âge avez-vous commencé à… ne plus vous sentir à votre place dans ce milieu ?
– J’y ai ma place, vous savez. Juste pas celle qu’ils auraient voulue pour moi.
– Non mais, je veux dire…
– Je comprends très bien ce que vous voulez dire, rétorqua-t-il sèchement. Je comprends très bien la petite histoire cousue de fil blanc que vous me faites raconter, vous savez celle du petit gamin privilégié qui se prend pour un rebelle, sèche les cours pour fréquenter les squats… Je ne ferai pas durer le suspense plus longtemps : non, je n’avais absolument aucune conscience politique à l’époque. C’était juste de la gonflette. L’internat de Charleville-Mézières était une vaste blague, et j’en profitais à fond. Faut pas chercher plus loin.
– Ça a failli très mal tourner, pour de la simple « gonflette » c’était…
– C’était bien plus tard. Vous mélangez tout.
– J’aimerais que vous me parliez de cette époque.
– J’aimerais que vous m’expliquiez à quoi tout cela rime. »

Il s’était retourné brusquement pour le regarder dans le blanc des yeux, inquisiteur, arrachant même un sursaut de surprise à l’impassible psychologue. Pris hors de ses gardes, son visage laissait d’un seul coup transparaître ses hésitations, et même le moment où il sembla se résigner à lâcher quelques confidences :

« Bien, soupira-t-il, ce sera plus facile ainsi j’imagine. J’ai été mandaté pour sonder votre… « compatibilité » avec l’un des nôtres. Avec un Sonaaq je veux dire… Ce n’est pas la procédure habituelle mais… (Pendant un long moment il continua sans doute à se justifier, à ergoter, à vomir quelque baratin sans intérêt – difficile à dire, car Philippe n’écoutait pas, trop occupé à enregistrer la portée des premiers mots. Il avait beau les retourner, ils ne faisaient aucun sens dans son esprit. Au final ils n’appelaient qu’à une seule réponse,)
– Je ne suis pas candidat.
– Je sais, mais…
– Je ne suis pas candidat. C’est encore à moi de décider si vous pouvez sonder ma « compatibilité » ou pas ! Depuis quand vous essayez de vendre votre si précieuse et exigeante union symbionte à ceux qui n’en veulent pas ! Non mais je rêve, vous êtes tombés sur la tête.
– Ce n’est pas…
– Stop. Juste stop. Laissez tomber, vous perdez votre temps. »

Il avait claqué la trappe et s’éloignait maintenant à grand pas. Peut-être aurait dû se sentir soulagé qu’il ne s’agissait « que » de cela, mais en fait ce qui prédominait en lui c’était une colère sourde, contenue mais bouillante sous la surface. Comment, mais comment les Symbiontes pouvaient-ils perdre leur temps avec ça avec tout ce qui se passait dehors ! auraient-ils donc totalement perdu pied avec la réalité ? Ils lui avaient jusqu’à présent semblé raisonnables, propres à des alliances fructueuses, et assez sensés en tout cas pour réserver leurs délires mystiques à ceux qui y adhéraient (sa nièce Susannah était très heureuse de son Sonaaq, mais c’était bien son problème), et là…

« S’il y a une chose que m’a apprise cette période de ma vie, lui répondit sa propre voix dans son dos, c’est qu’un allié n’a pas à être ton meilleur pote. Si on a à un moment donné le même objectif, au nom des mêmes valeurs, on peut dépasser bien des différends, surtout si on a beaucoup à apporter l’un à l’autre. Il se trouve que vous connaissez très bien notre ennemi, et que vous avez une force de frappe pas dégueu. Ça compte. Vous avez même appris à certains d’entre nous à affuter des armes que nous ignorions posséder. (Pause.) Je parlais des dons.
– Chez les hôtes souvent, oui. Vous aimeriez devenir hôte ?
– Oh non, non surtout pas ! J’en ferais un très mauvais, pardonnez-moi mais je ne me vois pas vivre le reste de ma vie avec l’un des vôtres dans le coin de ma tête. Par principe les serments à la vie, à la mort, ça me met mal à l’aise. Je ne me suis pas marié avec la femme que j’aime et la mère de mon fils, c’est pas pour jurer la vie éternelle à un inconnu juste pour bénéficier de quelques avantages. Pardonnez la digression, ce que je voulais dire c’est que je combattrai à vos côtés aussi longtemps qu’il le faudra et que vous ne trahirez pas nos valeurs communes, je partagerai peut-être même le verre de la victoire si on arrive ensemble jusque là, mais pas question de me forcer à aller prendre le thé chaque semaine ensuite. Je cherche des alliés, des compagnons de route pour couvrir nos arrières respectifs, pas des amis pour la vie.

– Ça me semble pourtant très clair, marmonna le Philippe de 2017 quand son interlocuteur coupa l’enregistrement de son moi passé. Vous cherchez quoi là, au juste ?
– Une autre sorte d’alliance, de bénéfices communs pour des objectifs précis. Vous êtes toujours intéressé par le développement d’un don ? Par la connaissance profonde de notre ennemi commun ?
– Je ne suis ni apte, ni intéressé par une union symbionte, je vous l’ai dit. Cela règle la question.
– Non, cela ne règle pas la question que je compte vous poser. En fait ça me convainc d’autant plus que vous pourriez être l’homme qu’il nous faut. Si vous voulez bien me suivre, je pourrai vous en dire plus. »

Un moment les deux hommes se toisèrent en silence, indécis. Philippe se sentait malgré lui intrigué, il devait l’admettre, mais surtout il sentait dans la voix du psychologue des accents de sincérité qui lui avaient fait cruellement défaut jusque là, dans son jeu inepte de questionnement à l’aveugle. Il avait bien quelque chose à lui dire, à lui proposer, quelque chose qu’il ne dirait jamais dans un coin de couloir. Pour le coup il était bien tenté de lui accorder le bénéfice du doute, malgré ses méthodes cavalières…

« Bien, trancha-t-il. Faites vite par contre, je ne veux plus vous entendre tourner autour du pot.
– Comme vous voulez. (Il lui fit signe de le suivre dans une salle adjacente, dont il referma la porte derrière eux,) C’est une longue histoire, mais importante à comprendre pour la proposition que j’ai à vous faire. Si vous voulez que ça aille vite, je vous demanderais de ne pas m’interrompre… (Il interrogea alors l’autre homme du regard, puis reprit la parole dès que l’autre hocha gravement la tête en signe d’assentiment,) Cela concerne un Sonaaq symbionte, mais nettement plus âgé que celui qui est en union avec votre nièce. Il est vieux, très vieux, mais pas seulement. En fait il compte parmi ceux qui, il y a cinq mille ans, ont donné l’impulsion pour créer les Symbiontes tels que nous les connaissons.
« Il s’appelle Az-legga, même s’il est plus connu parmi nous sous le nom d’Az-leggabeiron. Beiron était son hôte, mais pas seulement. En fait Az-legga n’était déjà plus tout jeune quand il a rencontré Beiron. C’était un modeste propriétaire terrien et gestionnaire dévoué de l’empire, poète à ses heures. De son propre aveu il avait une curiosité un peu naïve, paternaliste pour les arts de certains peuples asservis et se piquait de prendre de temps en temps quelque prodige sous sa protection. À cette époque il s’intéressait aux grandes chorales zyeledines, et s’était mis en tête de s’offrir plusieurs lots de serviteurs de cette race pour percer le mystère de leur étrange mélopée. Beiron est arrivé parmi eux, très jeune et sans réelle famille. Ils ont découvert bien plus tard qu’il était issu des « ratés » d’un… élevage ? En gros un propriétaire qui sélectionnait des lignées plus ou moins consanguines pour leurs couleurs chatoyantes, les proportions harmonieuses… C’était assez glauque, mais tout ce qu’il y avait de plus légal à l’époque.
« Quoi qu’il en soit, le jeune Beiron a grandi dans le domaine d’Az-legga, qui a très vite vu en lui un enfant plein de potentiel, de la trempe dont on peut tirer un serviteur de confiance. C’était encore assez courant à l’époque, d’élever un serviteur plus éveillé que les autres à des responsabilités plus ou moins grandes, même l’amitié qui est née de cette relation n’avait rien de complètement anormale à vrai dire. Les personnes qui les fréquentaient ne se sont jamais vraiment inquiétées, tout juste avaient-ils quelques sourires moqueurs devant les sommes importantes que pouvait dépenser Az-legga quand la santé de Beiron, rattrapé par ses tares congénitales, déclinait. Ils ne se sont rendu compte que trop tard que Beiron était plus qu’un simple majordome souffreteux, et qu’Az-legga était fou de lui.
« Le jour où il devenait presque trop tard, où ils étaient sur le point de devoir faire leurs adieux, Beiron a enfin cédé à l’ultime recours que lui proposait son ami et maître Az-legga : devenir son hôte. À l’époque, comme beaucoup de Sonaaqs, Az-legga occupait un hôte de longue durée, dont il n’avait aucune idée de l’identité. Le mouvement symbionte était très confidentiel, et ne faisait pas trop parler de lui en dehors de ses cercles. De ce qu’on sait, Az-legga n’avait à ce moment-là aucun problème avec le système mis en place par son empire, et il n’est pas très sûr que Beiron lui-même eusse déjà de véritables volontés de libération. Il y a toutefois au moins eu un accord implicite entre eux pour que la deuxième vie de Beiron ne ressemble pas à la première.
« Ce serait un peu long à vous expliquer sans paraphraser presque mot pour mot certains de leurs essais communs (je peux vous en procurer quelques exemplaires si vous le voulez), mais il se trouve que la personnalité effacée et soumise de Beiron, conditionnées par des années dans un statut subordonné, s’est peu à peu révélée en même temps que son corps guérissait. Il a poussé la curiosité d’Az-legga vers des domaines qu’il n’aurait auparavant jamais envisagés, d’abord vers ses propres origines, puis celles de sa race (qui représente encore aujourd’hui un mystère), mais aussi vers des réflexions sur leur propre statut de deux en un. C’est comme cela qu’ils sont entrés en contact avec les premières communautés symbiontes, avec qui ils ont eu de longues correspondances.
« Az-legga seul était déjà un artiste, mais quand Beiron s’est associé à lui son écriture a pris un tournant plus… engagé. Pas immédiatement bien sûr, ç’a été très progressif dans les faits, au départ ce n’était rien de plus que quelques billets d’humeur, des anecdotes, des réflexions sur leur vie commune et l’équilibre particulier qu’ils y ont trouvé. Ç’avait à l’époque quelque chose de pittoresque et un lectorat grandissant s’intéressait à leurs personnages, à leurs émois sur la condition des Zyeledins, une race autant appréciée que méprisée pour sa nature accommodante et le fait qu’elle faisait partie de l’empire depuis si longtemps qu’elle n’avait plus aucune structure propre. De fait ils avaient déjà une petite cour de Symbiontes et sympathisants symbiontes quand ils ont sauté le pas pour entrer en politique.
« Je ne vous le cache pas, Az-leggabeiron ont fait avancer beaucoup de choses. Ils ont mené des études, lancé des frondes, appelé à des démonstrations de force qui n’ont pas laissé tout-à-fait intact notre monde d’origine. Notre mouvement, surtout, lui doit beaucoup, parmi les plus anciens convertis on en compte nombre dont le cœur a basculé en les lisant. Il a par la suite pris ses distances avec nous, pour des raisons qui sont un peu complexes à expliquer en terme terrien, mais très souvent, quand nos luttes convergeaient, il ressortait de l’ombre avec toute la verve de ses premiers moments en politique.
« Puis, comme vous le savez, nous sommes tombés en disgrâce… l’évacuation a été un tel chaos qu’on emmagasinait par caisse entière tous les Sonaaqs qui nous parvenaient, pour sauver autant de monde que possible avant que les Impériaux interviennent. C’est très tard, quand nous avons parcouru les registres, que nous avons réalisé quelle sommité nous accompagnait : Az-legga… Az-legga sans Beiron. Cela nous a fait un choc, je dois l’admettre. Un choc et un élan d’incompréhension, tant ils étaient indissociables dans nos esprits.
« Nous avons cependant respecté la procédure que nous nous étions fixée pour tous les Sonaaqs arrivés sans hôte et nous avons sélectionné avec le plus grand soin un volontaire pour accompagner ses premiers pas sur Terre. Je ne peux vous révéler son nom mais c’était une personnalité vraiment particulière, d’une grande humanité, avec une finesse d’esprit, de compréhension du monde… (Il poussa un profond soupir.) Ç’a été un échec. Ç’a été le premier d’une longue série d’échec : mes confrères avaient beau lui présenter les hôtes les plus patients, les plus ouverts, les plus respectueux, il finissait tous par les rejeter avec une virulence qu’on ne l’aurait jamais imaginé déchaîner contre son propre camp. Il a fini par nous demander lui-même de cesser de lui trouver « un autre Beiron » : il préférait encore dépérir que de chercher à le remplacer.
« Nous lui avons depuis toujours obéi, à regret, d’autant que ces hôtes ratés ont dit avoir ressenti énormément de colère et de souffrance en lui, qu’il refusait de se dévoiler à eux comme à quiconque. Des rares fois où il avait dans sa rage révélé plus qu’il ne le voulait, il est clair que son dégoût du parti impérial est resté intact… Nous sommes quelques-uns à penser que s’il avait été au courant que les monstres qui nous ont bannis nous suivrait jusqu’ici (nos essais datent d’avant même la pandémie) il n’aurait probablement pas été si catégorique sur son souhait de rester en stase. Jusqu’ici nous n’avons pas osé requestionner cet état de fait, mais nous avons été… interpelés par votre profil. Vous lui ressemblez, d’une certaine façon – par votre entêtement, essentiellement, mais aussi votre sens des valeurs, votre discrétion. Nous avons toujours essayé de lui trouver un autre Beiron, et il a eu parfaitement de dire quelle bêtise nous faisions. Il n’est probablement pas possible de remplacer une relation comme la leur, mais il serait dommage de le laisser hors du coup à un moment comme celui-ci. Nous pensons sincèrement que seul quelqu’un comme vous pourrait le lui expliquer. Alors je vous prie, pour nous, pour lui, d’essayer au moins. »

Pendant un moment Philippe demeura silencieux, songeur. C’était une bien triste l’histoire, il devait l’admettre, en plus d’une opportunité non négligeable de se faire un allié roué aux coups fourrés des Impériaux, mais… quelque chose le titillait dans cette histoire. Il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus, mais la fin sonnait bizarre, elle avait comme un tintement…

« Faux, trancha-t-il, prêchant le faux pour connaître le vrai. Il sut qu’il touchait juste quand son interlocuteur pâlit à son affirmation suivante : N’importe qui aurait pu lui en parler, vous avez eu trois ans pour ça, allez pas me dire qu’il ne vous est jamais venu en tête de prendre n’importe quel péquenaud pour servir d’intermédiaire et le laisser choisir son frère d’arme terrien tout seul comme un grand. Vous avez eu trois ans pour ça – trois ans ! dont un an et demi avec ma famille dans les pattes. Soit vous me dites pas tout, soit vous êtes les derniers des idiots, et je sais que vous ne l’êtes pas… alors : pourquoi moi, pourquoi maintenant ? »

Une hésitation passa le visage du psychologue, visiblement embêté qu’on découvre si vite son jeu, mais peu à peu il reprit contenance et hocha lentement la tête.

« Bien. Bien bien, j’imagine qu’avec vous c’est tout ou rien ? Vous êtes bien la personne qui nous semble la plus appropriée pour réacclimater Az-legga aux enjeux terrestres, votre passé, vos décisions avant, pendant et après la pandémie, la guerre civile ou la victoire impériale, tout cela devrait lui parler. Lui aussi vient d’un milieu privilégié et s’est servi de cet héritage pour aider d’autres, sans renier ni trop s’y attacher. Je pense à la façon dont vous êtes opposé à votre père, vous nous avez dit (Il relit brièvement ses notes,) vous nous avez dit qu’il vous semblait juste logique de préserver des vies humaines, que l’adversaire était trop puissant pour une lutte ouverte et les enjeux uniquement matériels et donc inférieurs à vos yeux. Vous avez aidé votre famille à transformer le château familial en refuge autosuffisant pour une bonne centaine de personnes, mais vous n’avez pas hésité à leur tourner le dos quand ils souhaitaient sacrifier cette communauté pour défendre leurs seuls intérêts propriétaires contre les exigences impériales. Cela ressemble à quelque chose qu’il aurait fait.
– Et donc, le reprit-il donc, sentant le poisson se noyer sous des louanges inutiles, pourquoi maintenant ?
– C’est… plus compliqué, admit-il, presque un hasard. Je vous demanderais de vous montrer discret à ce sujet, même envers Az-legga lui-même, de ne pas le brusquer, mais si vous pouviez obtenir sa confiance assez pour…
– Venez-en aux faits.
– Nous avons récemment, d’un Symbionte qui nous a rejoints il y a peu, obtenu une information… pour le moins troublante. Un point sur lequel la version d’Az-legga nous serait des plus précieuses. Notre bannissement a été prononcé suite à une tentative de coup d’état dont nous ne savons finalement que très peu de choses, sinon que ses conspirateurs appartenaient à notre mouvement. Il semble, d’après cet informateur qui est plus que digne de confiance, qu’un certain nombre de conjurés ont rendu visite à Az-leggabeiron la veille du jour fatidique. Nous doutons que ce soit un hasard, et cela expliquerait qu’il craignait assez pour sa vie pour nous rejoindre, avec ou sans Beiron. Quoi qu’il en soit, si vous deviez suffisamment gagner sa confiance pour qu’il vous en touche un mot… je ne vous demanderais pas de trahir cette confiance bien sûr, mais si vous pouviez lui faire comprendre à quel point cela peut être important pour nous…
– Vous me demandez d’être la taupe de quelqu’un qui aura accès à mon esprit comme bon lui semble ?
– Non ! Enfin pas vraiment. Nous ne vous aurions jamais choisi si nous n’étions pas sûrs que vous ne vous abaisseriez pas à ça. Vous voulez tout savoir, alors je vous le dis : nous espérons simplement que garder Az-legga en activité nous permettra un jour ou l’autre de comprendre enfin ce qu’il s’est passé là-bas. Nous ne sommes pas en position de vous forcer à quoi que ce soit ni l’un ni l’autre, par contre nous avons toute confiance en votre sens du devoir pour faire ce qu’il y a de mieux. Pour tous, je veux dire. »

C’était une drôle d’affaire, il devait l’admettre. Une affaire qui demandait de la réflexion, et trop de choses avaient été dites en trop peu de temps pour qu’il puisse y réfléchir sereinement. Il s’excusa donc pour reprendre ses tâches quotidiennes, promettant au psychologue de revenir à lui plus tard. Pourtant, au fond de lui, quelque chose lui disait que sa décision était déjà prise. Que cette créature avait au moins le droit de connaître la situation actuelle, de décider avec toutes les cartes en main – comme lui-même avait pu le faire, au prix d’une lutte acharnée avec l’autre abruti pour lui arracher les vers du nez. Ce serait éprouvant, sans nul doute, mais au final c’était à Az-legga de décider si ça en valait la peine.

Et une certaine curiosité dans le fond de son esprit se demandait jusqu’où il pourrait aller avec une créature tel que lui à ses côtés…


Derrière l’écran


Pseudonyme : Shad Elbereth.
Âge : 27 ans.
Comment avez-vous connu le forum ? Longue histoire… disons que j’ai un petit peu participé à sa création ^-^
Un commentaire ? Deux emmerdeurs qui unissent leurs forces, ça fait double ration d’emmerdes !

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Au champ de l’univers, tu cueilleras ce que tu sèmes.

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